Ce qu'il faut retenir
La souveraineté des données IA va bien au-delà de la conformité RGPD : elle englobe trois niveaux distincts — données d'usage envoyées aux LLM, données d'entraînement propriétaires, et inférences révélatrices de secrets d'affaires — que les réglementations actuelles ne couvrent que partiellement.
L'incompatibilité fondamentale entre le CLOUD Act américain et le RGPD européen n'est pas résolue par le Data Privacy Framework de 2023 : tout fournisseur d'IA soumis à la juridiction américaine peut être contraint de livrer vos données, quels que soient les engagements contractuels.
Des solutions concrètes existent aujourd'hui — OVHcloud SecNumCloud, Scaleway Generative APIs, modèles open source Mistral/Llama déployés on-premise — et Nehos recommande une approche par niveaux de sensibilité plutôt qu'un blocage systématique de l'IA générative.

Souveraineté des données IA en Europe 2026 : enjeux et solutions
Au-delà du RGPD, la question de la souveraineté des données traitées par l'IA devient le défi stratégique numéro un pour les DSI européens. Tribune par Foued Cherni, CEO Nehos Groupe.
Adapté à toute taille de structure
#1. Définir la souveraineté des données IA : au-delà du RGPD
Lorsque les DSI parlent de souveraineté des données, la réponse instinctive est souvent «nous sommes conformes au RGPD». C'est une confusion fréquente, et dangereuse. Le RGPD est un cadre de protection des données personnelles. La souveraineté des données IA est un concept plus large, qui s'applique également aux données non personnelles, aux secrets industriels, aux modèles entraînés sur vos données et aux inférences que ces modèles produisent.
La souveraineté des données IA peut se définir comme la capacité d'une organisation à contrôler entièrement — de manière juridiquement opposable et techniquement effective — qui accède à ses données, comment elles sont traitées, où elles sont stockées, et ce qu'elles permettent de déduire, lorsque ces données sont engagées dans un cycle de vie IA (entraînement, inférence, amélioration continue).
Cette définition implique trois dimensions souvent négligées.
La dimension juridique : quel droit s'applique à l'opérateur IA ? Une entreprise américaine opérant sur des serveurs européens reste soumise au CLOUD Act. Une entreprise française dont le capital est détenu à plus de 50% par un groupe non-européen peut être considérée comme sous influence extraterritoriale par certaines jurisprudences.
La dimension technique : vos données quittent-elles réellement votre infrastructure ? L'utilisation d'une API IA (OpenAI, Anthropic, Google Gemini) implique que vos prompts — qui peuvent contenir des données clients, des projections financières, des brevets — transitent sur des serveurs que vous ne contrôlez pas.
La dimension économique : qui possède la valeur créée par l'IA entraînée sur vos données ? Si vous affinez un modèle de fondation sur vos données propriétaires via une plateforme tierce, quelle est la portion de la valeur produite qui reste dans votre patrimoine immatériel ?
Le RGPD ne répond qu'à la première dimension, et uniquement pour les données à caractère personnel. Les deux autres restent largement sous-gouvernées en Europe à ce jour.
#2. Les 3 niveaux de risque : données d'usage LLM, données d'entraînement, inférences
Toute architecture IA expose les données à trois niveaux de risque distincts, avec des vecteurs d'exposition et des moyens de mitigation différents.
#Niveau 1 — Données d'usage envoyées aux LLM
Chaque requête envoyée à un LLM externe (ChatGPT, Claude, Gemini) est une donnée d'usage. Dans un contexte professionnel, ces prompts contiennent fréquemment des informations sensibles : extraits de contrats, données financières non publiques, descriptions de processus internes, informations sur des clients identifiables.
Le risque principal n'est pas que l'opérateur «lise» vos prompts en temps réel — les politiques de confidentialité des grands acteurs prévoient généralement des protections contractuelles pour les clients entreprise. Le risque est triple :
- La conservation des données : combien de temps sont stockés les prompts et les conversations ? Pour quelle finalité ? Sous quel régime juridique ?
- L'utilisation pour l'entraînement : les conditions générales des offres grand public (et parfois des offres entreprise) permettent souvent l'utilisation des conversations pour améliorer les modèles.
- La réquisition légale : une autorité américaine peut, via le CLOUD Act, accéder aux données stockées par un opérateur américain sans que vous en soyez informé.
Mitigation : utiliser des APIs IA sur infrastructure européenne (OVHcloud AI Deploy, Scaleway Generative APIs), déployer des modèles open source en local, ou mettre en place un proxy de sanitisation qui dépersonnalise les prompts avant envoi vers des APIs externes.
#Niveau 2 — Données d'entraînement et fine-tuning
Si votre organisation entraîne ou affine des modèles sur ses propres données, le risque monte d'un cran. Les données d'entraînement incorporées dans un modèle ne sont pas «perdues» : des techniques d'extraction (membership inference attacks, model inversion) permettent potentiellement de retrouver des données d'entraînement à partir du modèle produit.
Le risque est particulièrement aigu pour le fine-tuning sur des plateformes cloud non souveraines : vos données de spécialisation transitent et sont stockées pendant la durée de l'entraînement sur une infrastructure que vous ne contrôlez pas.
Mitigation : pipeline de fine-tuning on-premise ou sur cloud SecNumCloud, utilisation de techniques de differential privacy pour protéger les données d'entraînement contre les attaques d'extraction.
#Niveau 3 — Inférences et déductions
C'est le niveau le moins visible mais potentiellement le plus critique pour les entreprises B2B. Un modèle IA entraîné ou utilisé sur vos données produit des inférences qui révèlent de l'information.
Exemple concret : un LLM utilisé pour analyser vos emails internes pendant six mois contient, dans ses activations et ses patterns d'attention, une empreinte de votre organisation qui peut révéler votre stratégie, vos tensions internes, vos positions de négociation. Même si les données brutes ne sont jamais exfiltrées, les inférences de l'opérateur IA constituent un actif informationnel sur votre entreprise.
Ce niveau de risque n'est couvert par aucun texte réglementaire actuel en Europe.
#3. CLOUD Act américain vs RGPD européen : l'incompatibilité fondamentale
Le CLOUD Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act), signé par Donald Trump en mars 2018, autorise les autorités américaines à exiger d'un fournisseur de services cloud américain qu'il fournisse des données stockées sur ses serveurs, y compris à l'étranger, dans le cadre d'une enquête pénale, sans obligation d'informer l'utilisateur concerné.
Le RGPD, lui, exige que tout transfert de données personnelles hors de l'EEE soit encadré par des garanties adéquates (décision d'adéquation, clauses contractuelles types, règles d'entreprise contraignantes).
L'incompatibilité est structurelle : un fournisseur américain soumis au CLOUD Act ne peut pas garantir à ses clients européens que leurs données ne seront jamais transmises à une autorité américaine. Or, une telle transmission constitue un transfert hors EEE non encadré, en violation du RGPD.
#Le Data Privacy Framework ne résout pas l'équation
Le Data Privacy Framework (DPF), accord signé en juillet 2023 entre l'UE et les États-Unis, améliore les mécanismes de recours pour les résidents européens dont les données sont collectées par les services de renseignement américains. Il crée notamment un tribunal de recours (Data Protection Review Court) accessible aux Européens.
Mais le DPF ne modifie pas le CLOUD Act. Il encadre l'utilisation des données collectées, pas la légalité de la collecte elle-même. Max Schrems et l'organisation NOYB ont d'ailleurs déjà annoncé des recours devant la CJUE — un «Schrems III» qui pourrait invalider cet accord comme les précédents l'ont été.
Pour un DSI gérant des données sensibles, la stratégie ne peut donc pas reposer sur la pérennité d'un accord politique dont l'espérance de vie juridique est incertaine.
#Implications pratiques pour les déploiements IA
Microsoft Azure OpenAI Service, Google Vertex AI, Amazon Bedrock : les trois principales plateformes IA d'entreprise sont opérées par des groupes américains soumis au CLOUD Act. Même si vos données sont hébergées dans des datacenters européens, l'opérateur reste susceptible de répondre à une réquisition américaine.
Cela ne signifie pas qu'il faut bannir ces plateformes — le risque effectif dépend de la sensibilité des données et du secteur d'activité. Mais cela signifie que pour les données vraiment sensibles (données de santé, secrets de fabrication, données financières non publiques, données de défense), l'utilisation de ces plateformes constitue un risque résiduel non maîtrisable.
#4. Données d'entraînement et propriété intellectuelle : le vide juridique européen
La question de la propriété des données d'entraînement et des modèles produits est l'un des angles morts les plus préoccupants de la régulation IA en Europe en 2026.
#Qui possède un modèle fine-tuné sur vos données ?
Lorsqu'une entreprise utilise une API de fine-tuning (OpenAI, Anthropic, Hugging Face) pour spécialiser un modèle de fondation sur ses données propriétaires, deux questions juridiques restent sans réponse claire :
- Les données d'entraînement transmises : sont-elles couvertes par les droits de propriété intellectuelle de l'entreprise ? Si elles contiennent des créations protégées (textes, code, design), leur transmission à une plateforme tierce constitue-t-elle une cession de licence ?
- Le modèle produit : est-il la propriété intellectuelle de l'entreprise cliente, du fournisseur de la plateforme, ou des deux ? Les conditions générales de service varient considérablement d'un opérateur à l'autre.
#L'AI Act n'apporte pas de réponse complète
L'AI Act européen, entré en application progressive depuis août 2024, régule les usages de l'IA selon leur niveau de risque. Il impose des obligations de transparence sur les données d'entraînement pour les modèles d'IA à usage général (GPAI models) dépassant certains seuils de puissance de calcul.
Mais l'AI Act ne crée pas de régime de propriété intellectuelle sur les données d'entraînement. Il n'établit pas non plus de droit pour les entreprises dont les données ont été utilisées sans consentement explicite dans des ensembles d'entraînement publics. Ces questions restent dans le flou juridique.
#Le Data Act européen : une avancée partielle
Le Data Act européen (en vigueur depuis septembre 2025) introduit des règles sur le partage des données générées par des objets connectés et des services numériques. Il donne à certains utilisateurs le droit d'accéder aux données qu'ils génèrent et de les partager avec des tiers.
Cependant, le Data Act s'applique principalement aux données IoT et aux données de services numériques B2C. Il ne crée pas de régime complet pour les données d'entraînement IA professionnelles. Les entreprises restent exposées.
#5. Solutions techniques : on-premise, cloud européen, modèles locaux
Face à ces risques, plusieurs architectures techniques permettent de reprendre le contrôle de vos données IA, avec des compromis différents entre sécurité, performance et coût.
#Architecture 1 — On-premise complet
Principe : tous les composants IA (modèle, pipeline d'inférence, stockage des données) sont déployés sur votre infrastructure physique, dans vos locaux ou dans un datacenter dont vous maîtrisez l'accès.
Avantages : contrôle total, aucune dépendance à un tiers, pas de transfert de données.
Contraintes : investissement en GPU significatif (un serveur 8xH100 représente66 11 776 € d'investissement), compétences MLOps internes nécessaires, mise à jour des modèles à la charge de l'équipe.
Cas d'usage adaptés : organisations OIV (opérateurs d'importance vitale), secteur défense, traitement de données classifiées, industries avec secrets de fabrication critiques.
Modèles open source compatibles : Mistral 7B/8x7B (français, Apache 2.0), Llama 3.1 70B/405B (Meta, Llama Community License), DeepSeek R1 (distillat disponible).
#Architecture 2 — Cloud souverain européen
Principe : infrastructure cloud chez un opérateur européen sans exposition au CLOUD Act, avec garanties contractuelles de localisation des données.
Opérateurs recommandés :
- OVHcloud (HDS, ISO 27001, AI Deploy avec GPU H100 en France) pour les ETI et PME
- Outscale SecNumCloud pour les OIV et le secteur public nécessitant une qualification opposable
- Scaleway Generative APIs pour les projets développeurs et startups IA
Avantages : élasticité, pas d'investissement hardware, services managés, mise à jour des modèles prise en charge.
Contraintes : coût variable (peut être significatif pour des charges GPU intensives), dépendance à un fournisseur (à atténuer par des clauses de portabilité).
#Architecture 3 — Hybride : proxy de sanitisation
Principe : un composant intermédiaire (proxy IA) dépersonnalise et anonymise les données avant envoi vers des APIs externes (OpenAI, Anthropic), puis ré-injecte le contexte lors de la récupération de la réponse.
Avantages : permet de bénéficier des modèles propriétaires les plus performants tout en réduisant l'exposition des données sensibles.
Contraintes : complexité technique, latence ajoutée, efficacité limitée (certaines informations contextuelles sont difficiles à anonymiser sans dégrader la qualité de l'inférence).
Cas d'usage adaptés : organisations avec contraintes modérées souhaitant utiliser GPT-4o ou Claude pour des tâches non critiques tout en protégeant leurs données sensibles.
#6. Gaia-X et l'initiative européenne de souveraineté : où en sommes-nous vraiment ?
Gaia-X a été annoncé en 2019 avec des ambitions considérables : créer un écosystème cloud européen interopérable, souverain, basé sur des standards ouverts, capable de rivaliser avec AWS, Azure et Google Cloud. Six ans plus tard, le bilan est plus nuancé.
#Ce que Gaia-X a produit
Gaia-X est devenu une organisation de standardisation reconnue, productrice de spécifications techniques importantes :
- Gaia-X Trust Framework : ensemble de règles définissant ce qu'est un «espace de données» conforme à Gaia-X, avec des mécanismes de vérification d'identité et de conformité pour les participants.
- Gaia-X Federation Services (GXFS) : composants logiciels open source permettant de construire des espaces de données fédérés (catalogue, portail d'auto-description, notaire, identité fédérée).
- Data Spaces sectoriels : plusieurs projets concrets ont émergé — IDSA (Industrial Data Space Association), Catena-X (automobile), Gaia-X 4 Future Mobility, Health-X (santé), AGDATAHUB (agriculture).
#Les limites et les critiques
Gaia-X a été critiqué sur plusieurs points :
- La présence des hyperscalers américains : AWS, Microsoft et Google sont membres de l'association Gaia-X. Cela a alimenté le scepticisme sur la capacité de l'initiative à produire une réelle souveraineté.
- La lenteur d'exécution : les spécifications ont pris du temps à mûrir, et les implémentations concrètes d'espaces de données sont encore peu nombreuses en production réelle.
- La complexité de gouvernance : multiples groupes de travail, standards en évolution, courbe d'apprentissage élevée pour les entreprises souhaitant s'y intégrer.
#L'état en 2026
En 2026, Gaia-X reste pertinent comme cadre de référence et de certification, mais ne constitue pas encore une infrastructure opérationnelle clé en main. Les entreprises qui souhaitent de la souveraineté immédiate doivent s'appuyer sur des solutions existantes (OVHcloud, Outscale, Scaleway) plutôt qu'attendre une maturité Gaia-X complète.
La valeur de Gaia-X se réalise à l'échelle sectorielle : les entreprises de l'automobile, de la santé ou de l'industrie qui participent à des consortiums data spaces Gaia-X bénéficient de standards d'interopérabilité qui évitent le lock-in et facilitent les échanges souverains.
#7. Cas d'usage critiques : santé, finance, défense, industrie
#Santé — Le niveau d'exigence maximal
Les données de santé sont par définition des données sensibles au sens du RGPD (catégorie particulière, article 9). Leur traitement par une IA impose :
- Hébergement chez un HDS (Hébergeur de Données de Santé) certifié
- Base légale explicite pour le traitement par IA (consentement ou intérêt public)
- Analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD/DPIA) systématique
- Aucun transfert hors EEE sans garanties adéquates
En pratique, un hôpital ou une healthtech qui utilise une IA pour l'aide au diagnostic ou la gestion des parcours patients doit déployer ses modèles sur une infrastructure HDS française. OVHcloud (HDS certifié), Outscale (HDS + SecNumCloud) et des acteurs spécialisés comme Maincare ou Dedalus sont positionnés sur ce segment.
L'utilisation de ChatGPT ou Claude.ai pour traiter des données de santé identifiantes, même dans un contexte de recherche, est en violation du RGPD et potentiellement du Code de la santé publique.
#Finance — DORA et la résilience numérique
Le règlement DORA (Digital Operational Resilience Act), entré en application en janvier 2025, impose aux entités financières (banques, assureurs, PSIP) des exigences strictes sur la résilience de leurs systèmes d'information, y compris leurs composants IA.
DORA exige notamment :
- Une cartographie des fournisseurs TIC critiques et une évaluation de leur concentration
- Des tests de résilience opérationnelle numérique (TLPT — Threat-Led Penetration Testing)
- Des clauses contractuelles spécifiques avec les prestataires cloud
Pour les DSI du secteur financier, utiliser un LLM tiers pour des tâches liées aux décisions de crédit, à la gestion des risques ou à la conformité crée une dépendance critique qui doit être documentée et maîtrisée sous DORA. La souveraineté des données IA devient ici une obligation réglementaire, pas seulement un choix stratégique.
#Défense — Hors sujet des clouds commerciaux
Les données classifiées de la défense nationale sont exclues de tout cloud commercial, même souverain. Les systèmes qualifiés Diffusion Restreinte (DR) ou Secret Défense utilisent des infrastructures dédiées (Cloud Interne de la Défense — CID) gérées par le ministère des Armées et le SGDSN.
Cependant, les industriels de la défense (Tier 1 et Tier 2) qui traitent des données sensibles non classifiées mais stratégiques (propriété intellectuelle technique, données de contrats) ont tout intérêt à utiliser des clouds souverains et à déployer leurs modèles IA on-premise ou sur OVHcloud SecNumCloud.
#Industrie — Secrets de fabrication et propriété intellectuelle
Les ETI industrielles (mécanique de précision, chimie, pharmaceutique, agroalimentaire) disposent souvent d'un patrimoine immatériel considérable sous forme de données de fabrication, de formules, de gammes opératoires, de données de contrôle qualité.
L'utilisation de LLM pour automatiser la documentation technique, analyser des données de capteurs ou optimiser des processus présente un risque de fuite de savoir-faire si les données transitent vers des infrastructures non souveraines.
Recommandation Nehos pour les industriels : architecture hybride avec un modèle de fondation open source (Mistral, Llama) déployé on-premise ou sur OVHcloud, enrichi par RAG (Retrieval-Augmented Generation) sur la documentation propriétaire. Les données ne quittent jamais l'infrastructure de l'entreprise.
#8. Checklist souveraineté IA pour DSI : 12 questions à se poser avant tout déploiement
Avant de déployer tout système IA dans votre organisation, posez-vous ces 12 questions. Elles couvrent les dimensions juridiques, techniques et organisationnelles de la souveraineté des données.
Dimension juridique
-
Droit applicable à l'opérateur IA : le fournisseur IA est-il soumis au CLOUD Act américain ou à une autre loi extraterritoriale permettant l'accès à vos données sans voie judiciaire européenne ?
-
Localisation des données : vos données (prompts, données d'entraînement, logs) sont-elles physiquement hébergées dans l'EEE ? Avez-vous un DPA (Data Processing Agreement) conforme au RGPD avec le fournisseur ?
-
Conditions d'utilisation des données : le contrat autorise-t-il le fournisseur à utiliser vos données pour améliorer ses modèles ? Si oui, avez-vous la possibilité de vous y opposer (opt-out) ?
-
Droits sur le modèle fine-tuné : si vous affinez un modèle sur vos données, qui détient les droits sur le modèle produit ? Est-ce clairement stipulé dans le contrat ?
-
Réversibilité et portabilité : pouvez-vous récupérer vos données et vos modèles en cas de changement de fournisseur ? Dans quel format ? Dans quel délai ?
Dimension technique
-
Flux de données sortants : avez-vous cartographié exactement quelles données quittent votre infrastructure et vers quels endpoints ? Utilisez-vous un outil de data lineage ?
-
Chiffrement des données : vos données sont-elles chiffrées en transit et au repos ? Qui détient les clés de chiffrement — vous ou le fournisseur ? (BYOK — Bring Your Own Key)
-
Isolation des données : votre infrastructure IA est-elle isolée des données des autres clients du fournisseur ? Les garanties d'isolation sont-elles contractuelles et auditables ?
-
Mises à jour des modèles : comment êtes-vous informé des modifications du modèle utilisé ? Un changement de modèle peut modifier les inférences produites et donc votre conformité.
Dimension organisationnelle
-
Shadow IA : avez-vous un inventaire des usages IA non sanctionnés dans votre organisation ? Les collaborateurs utilisent-ils des outils grand public (ChatGPT, Copilot personnel) pour des données professionnelles ?
-
Formation des équipes : vos équipes sont-elles formées aux risques de fuite de données via les LLM ? Existe-t-il une politique de classification des données s'appliquant aux usages IA ?
-
Plan de réponse aux incidents : en cas de fuite de données via un système IA, avez-vous un plan de réponse ? La notification CNIL dans les 72 heures est-elle processée ?
Scoring : Moins de 6 réponses positives = risque élevé. De 7 à 9 = risque modéré à gérer. De 10 à 12 = posture souveraine satisfaisante.
#9. Stratégie Nehos : pourquoi nous recommandons OVHcloud SecNumCloud pour nos clients sensibles
Chez Nehos, nous accompagnons des ETI et des organisations du secteur public dans leur transformation numérique depuis plus de dix ans. La question de la souveraineté des données IA est devenue l'une des premières préoccupations exprimées par nos clients DSI en 2025-2026.
Notre position est pragmatique, pas dogmatique.
#Notre grille de recommandation par niveau de sensibilité
Données non sensibles, IA de productivité (résumé de réunions, rédaction d'emails, FAQ clients génériques) : l'utilisation de Microsoft 365 Copilot ou de Claude Workspace avec des DPA en conformité européenne est acceptable. Le risque résiduel est faible.
Données internes à confidentialité modérée (données clients, projections commerciales, documentation technique non classifiée) : nous recommandons OVHcloud AI Deploy ou Scaleway Generative APIs, avec des modèles Mistral ou Llama hébergés en France. La conformité RGPD est garantie contractuellement, sans exposition au CLOUD Act.
Données sensibles et stratégiques (données de santé, secrets de fabrication, données financières réglementées, brevets en cours) : nous recommandons un déploiement on-premise ou sur Outscale SecNumCloud, avec des modèles open source. Le contrôle est total, l'audit est possible, l'immunité extraterritoriale est garantie.
#Pourquoi OVHcloud SecNumCloud est notre recommandation principale pour les ETI
OVHcloud n'est pas qualifié SecNumCloud sur l'ensemble de ses offres commerciales grand public, mais propose des configurations avec des garanties contractuelles fortes sur la localisation des données et la conformité RGPD. Pour la grande majorité de nos clients ETI (industrie, services, logistique), cette posture est suffisante.
Quatre raisons pratiques motivent notre recommandation OVHcloud :
-
Écosystème IA mature : OVHcloud AI Deploy supporte Mistral, Llama et les modèles Hugging Face en production, avec des GPU H100 en France et des SLA production. Le tout en API REST compatible avec les standards OpenAI.
-
Absence d'exposition CLOUD Act : OVHcloud est une société française cotée à Paris, sans actionnaire américain majoritaire. Elle n'est pas soumise au CLOUD Act.
-
Tarification prévisible : contrairement aux hyperscalers américains dont les coûts de sortie (egress) peuvent exploser à l'échelle, OVHcloud offre une bande passante sortante gratuite en Europe et des prix compute stables.
-
Partenariat Mistral AI : OVHcloud et Mistral AI (entreprise française) collaborent pour offrir des modèles souverains de haute performance. Mistral Large 2 accessible sur OVHcloud rivalise avec GPT-4o sur la plupart des benchmarks professionnels.
#Notre offre d'accompagnement
Nehos propose un audit de souveraineté IA en deux temps :
Audit (2 semaines) : cartographie des usages IA existants (sanctionnés et shadow), identification des flux de données, scoring des risques par la checklist 12 questions, recommandation d'architecture.
Migration et déploiement (4 à 12 semaines selon la complexité) : migration des workloads IA vers l'infrastructure souveraine recommandée, déploiement des modèles open source, mise en place des DPA et de la documentation RGPD, formation des équipes aux bonnes pratiques.
La souveraineté des données IA n'est pas un luxe réservé aux grands groupes. C'est une nécessité stratégique pour toute ETI qui traite des données sensibles et souhaite préserver son avantage concurrentiel dans la durée. Nos clients qui ont franchi ce pas ne sont pas revenus en arrière.