Ce qu'il faut retenir
Les SLA classiques (uptime, temps de réponse serveur) ne capturent pas la valeur réelle d'un agent IA : un agent disponible à 99,9 % mais qui hallucine 15 % du temps est un désastre opérationnel. La contractualisation IA doit intégrer des métriques métier spécifiques.
Les 5 métriques fondamentales à contractualiser sont : précision (accuracy), recall, latence par percentile (p50/p95/p99), taux de disponibilité fonctionnelle et hallucination rate. Chaque métrique doit être définie avec des seuils d'alerte et des seuils de rupture.
Un contrat IA solide comporte obligatoirement : définition opérationnelle des métriques, procédure de mesure auditée, pénalités graduées, clause de rollback et comité de révision trimestrielle. L'absence de l'un de ces éléments expose le client à des risques contractuels non couverts.

SLA et KPI pour projets agents IA 2026 : comment contractualiser
Les SLA classiques sont inadaptés aux agents IA. Voici les 5 métriques fondamentales, les clauses contractuelles qui protègent réellement votre organisation, et le template utilisé par Nehos en production.
Adapté à toute taille de structure
#Pourquoi les SLA classiques ne s'appliquent pas aux agents IA
Un SLA (Service Level Agreement) classique repose sur des métriques d'infrastructure : uptime (99,9 % de disponibilité), temps de réponse serveur, taux d'erreur HTTP. Ces métriques sont binaires — le service est disponible ou ne l'est pas, la requête aboutit ou échoue. Elles sont faciles à mesurer, à auditer, à facturer.
Un agent IA opère dans un espace radicalement différent. Sa disponibilité technique peut être parfaite pendant qu'il produit des réponses incorrectes, biaisées ou hallucinées. Un agent de qualification de leads disponible à 99,99 % mais qui attribue des scores erronés à 18 % des prospects ne crée pas de valeur — il en détruit, silencieusement, jusqu'à ce qu'un audit métier révèle le problème.
Gartner estime que d'ici fin 2026, 60 % des contrats IA d'entreprise contiendront des clauses de performance métier explicites, contre moins de 12 % en 2024. Cette évolution n'est pas optionnelle : l'IEEE a formalisé en 2025 les standards de mesure de performance pour les systèmes IA autonomes (IEEE 7010-2025), et l'AFNOR travaille sur un référentiel de qualification des systèmes IA B2B attendu pour fin 2026. Les entreprises qui contractualisent aujourd'hui sans ces métriques s'exposent à des litiges dont la jurisprudence commencera à émerger dans les 18 prochains mois.
Trois caractéristiques distinguent fondamentalement la performance d'un agent IA de celle d'un service informatique classique :
La performance est contextuelle. Un agent peut exceller sur 90 % des cas d'usage et échouer systématiquement sur un sous-ensemble de cas critiques — par exemple, les demandes complexes en période de pointe. La moyenne globale masque les zones de fragilité.
La performance se dégrade dans le temps. Le monde change, les données d'entrée évoluent, les prompts système vieillissent. Un agent performant à J+0 peut dériver significativement à J+180 sans maintenance active — phénomène appelé model drift ou data drift. Un SLA IA doit donc inclure des clauses de réévaluation périodique.
La performance est multidimensionnelle. La précision d'une réponse, sa vitesse de génération, son coût de production et son taux d'hallucination sont quatre dimensions indépendantes qui peuvent évoluer en sens contraire. Optimiser l'une peut dégrader les autres. Un SLA IA contractualise ces quatre dimensions simultanément.
Le cadre que nous avons développé chez Nehos pour nos projets agents IA structure ces dimensions en cinq métriques fondamentales, chacune avec ses seuils opérationnels, ses méthodes de mesure et ses conséquences contractuelles.
#Les 5 métriques fondamentales d'un agent IA en production
Anticiper les métriques à contractualiser avant le déploiement est un exercice de conception, pas de comptabilité. Chaque métrique doit être définie avant la mise en production, avec un protocole de mesure accepté par les deux parties et des données de référence (baseline) établies sur un jeu de test représentatif.
#Métrique 1 — Précision (Accuracy / Precision)
La précision mesure la proportion de sorties correctes parmi toutes les sorties produites par l'agent. Elle répond à la question : « Quand l'agent agit, a-t-il raison ? »
Formule : Précision = Vrais Positifs / (Vrais Positifs + Faux Positifs)
Exemple métier : un agent de qualification de leads classe 1 000 prospects. 850 sont correctement qualifiés (vrais positifs), 120 sont mal qualifiés (faux positifs), 30 sont rejetés à tort (faux négatifs). Précision = 850 / (850 + 120) = 87,6 %.
#Métrique 2 — Recall (Taux de rappel)
Le recall mesure la capacité de l'agent à identifier tous les cas positifs réels. Il répond à la question : « Parmi tous les cas qui auraient dû être détectés, combien l'ont été ? »
Formule : Recall = Vrais Positifs / (Vrais Positifs + Faux Négatifs)
Pourquoi c'est critique : un agent de détection de fraude avec un recall de 75 % laisse passer 25 % des transactions frauduleuses. Un agent de qualification commerciale avec un recall de 70 % rate 30 % des prospects à fort potentiel. Le recall contractualise ce risque d'omission.
#Métrique 3 — Latence (p50, p95, p99)
La latence d'un agent IA dépasse la simple mesure du temps de réponse moyen. Les percentiles révèlent le comportement sous charge et sur les cas limites :
- p50 : la moitié des requêtes est traitée en moins de X secondes (performance nominale)
- p95 : 95 % des requêtes est traitée en moins de Y secondes (performance dégradée)
- p99 : 99 % des requêtes est traitée en moins de Z secondes (cas extrêmes)
#Métrique 4 — Disponibilité fonctionnelle
Distincte de l'uptime infrastructure, la disponibilité fonctionnelle mesure la proportion du temps où l'agent produit des réponses utilisables (non dégradées, dans les seuils de précision et de latence contractualisés). Un agent techniquement disponible mais opérant en mode dégradé (latence ×10, précision -30 %) n'est pas fonctionnellement disponible.
#Métrique 5 — Hallucination rate
Le taux d'hallucination mesure la proportion de sorties contenant des informations factuellement incorrectes, inventées ou non vérifiables que l'agent présente avec confiance. C'est la métrique la plus délicate à contractualiser — et la plus critique pour la responsabilité légale.
Nous détaillons chaque métrique avec ses méthodes de seuillage dans les sections suivantes.
#Précision et recall : comment définir des seuils acceptables par métier
Il n'existe pas de seuil universel de précision ou de recall pour les agents IA. Les seuils acceptables dépendent de la criticité du processus ciblé et du coût asymétrique des erreurs dans votre contexte métier.
#La matrice coût des erreurs
Avant de fixer des seuils, il faut modéliser le coût relatif des deux types d'erreur :
| Type d'erreur | Définition | Conséquence | Pondération recommandée |
|---|---|---|---|
| Faux positif | L'agent agit là où il ne devrait pas | Action inutile ou incorrecte | Maximiser la précision |
| Faux négatif | L'agent rate un cas qu'il devrait traiter | Omission, cas non traité | Maximiser le recall |
Selon la criticité du processus, les priorités s'inversent :
Processus à fort coût de faux positif (maximiser la précision) :
- Agent de validation contractuelle : une clause incorrecte signée coûte plus cher que d'envoyer à validation humaine
- Agent de décision de crédit : accorder un crédit à tort > refuser un bon dossier
- Seuil recommandé : précision ≥ 92 %, recall ≥ 75 %
Processus à fort coût de faux négatif (maximiser le recall) :
- Agent de détection de fraude : laisser passer une fraude coûte plus cher que de bloquer une transaction légitime
- Agent de qualification de leads à fort potentiel : rater un prospect ROI ×5 > traiter un lead froid
- Seuil recommandé : recall ≥ 90 %, précision ≥ 78 %
Processus équilibrés (F1-score comme métrique principale) :
- Agent de routage d'emails, agent de classification documentaire
- Le F1-score est la moyenne harmonique de la précision et du recall :
F1 = 2 × (Précision × Recall) / (Précision + Recall) - Seuil recommandé : F1-score ≥ 0,85
#Méthode de définition des seuils en 4 étapes
- Constituer un jeu de test représentatif : minimum 500 cas couvrant la distribution réelle des entrées, incluant les cas limites et les cas rares mais critiques
- Mesurer la baseline humaine : quel est le taux d'erreur du processus actuel sans agent ? Un agent qui performe moins bien que l'humain n'a pas de raison d'être déployé
- Définir le delta minimum acceptable : convention Nehos — l'agent doit surpasser la baseline humaine d'au moins 15 points de précision sur les cas automatisables
- Fixer les seuils de déclenchement : seuil d'alerte (jaune) à -5 % du seuil contractuel, seuil de blocage (rouge) à -10 % déclenchant l'escalade contractuelle
Ces seuils doivent être réévalués tous les trimestres, car la distribution des données d'entrée évolue. Un agent de qualification de leads calibré en janvier sur des prospects du secteur industriel peut dériver si votre mix commercial s'oriente vers le secteur santé en juillet. Nos articles sur le déploiement d'agents IA en 7 étapes et sur la mesure du ROI agent IA détaillent les processus de calibration continue.
#Latence et disponibilité : p50, p95, p99 pour les workflows IA
La latence est souvent traitée comme une métrique technique mineure dans les contrats IA. C'est une erreur de conception contractuelle majeure. Dans les workflows B2B intégrés, une latence de 45 secondes sur un agent de génération de devis peut bloquer un commercial pendant son appel client — une latence de 3 minutes sur un agent de traitement de commandes peut déclencher des timeouts en cascade sur les systèmes aval.
#Les percentiles de latence : pourquoi la moyenne est trompeuse
La moyenne masque les queues de distribution. Un agent avec une latence moyenne de 2 secondes peut avoir un p99 à 45 secondes — ce qui signifie que 1 % des requêtes prend 45 secondes. Sur 10 000 requêtes par jour, c'est 100 utilisateurs qui attendent 45 secondes quotidiennement.
Seuils de référence par cas d'usage :
| Cas d'usage | p50 cible | p95 cible | p99 cible | Justification |
|---|---|---|---|---|
| Agent conversationnel (chatbot) | ≤ 1,5 s | ≤ 4 s | ≤ 8 s | Expérience utilisateur interactive |
| Agent de traitement documentaire | ≤ 8 s | ≤ 25 s | ≤ 60 s | Traitement asynchrone toléré |
| Agent de génération de rapports | ≤ 30 s | ≤ 90 s | ≤ 180 s | Traitement batch |
| Agent d'orchestration multi-tâches | ≤ 15 s | ≤ 45 s | ≤ 120 s | Pipeline de tâches enchaînées |
#Disponibilité fonctionnelle vs uptime infrastructure
La disponibilité fonctionnelle doit être mesurée sur trois critères simultanés :
- Disponibilité technique (serveur, API, base vectorielle) : objectif ≥ 99,5 % en production
- Disponibilité dans les seuils de performance : l'agent répond dans les délais et précisions contractualisés ≥ 98 %
- Disponibilité sans dégradation silencieuse : l'agent n'est pas en mode dégradé non détecté ≥ 99,8 %
La dégradation silencieuse est le risque le moins couvert par les contrats actuels. Un modèle LLM mis à jour par son fournisseur cloud sans notification peut voir ses performances varier de ±8 % sur certaines tâches. Le contrat doit imposer une notification préalable à 30 jours sur tout changement de modèle sous-jacent et un test de non-régression contractuel avant déploiement.
Pour les architectures RAG (Retrieval-Augmented Generation), la disponibilité de la base documentaire (base vectorielle, base de connaissances) doit être contractualisée séparément : un RAG dont la base n'est pas synchronisée depuis 48 heures produit des réponses obsolètes potentiellement trompeuses.
#Hallucination rate : mesurer et contractualiser le taux d'erreur
L'hallucination est la pathologie la plus redoutée des agents IA en production B2B. Un agent IA qui invente des chiffres de contrat, des références réglementaires inexistantes ou des caractéristiques produit incorrectes expose son opérateur à des risques légaux réels — et peut engager la responsabilité du fournisseur selon le cadre IA Act européen entré en vigueur en 2026.
#Définition opérationnelle du taux d'hallucination
Le taux d'hallucination n'a pas de définition universelle — c'est une des raisons pour lesquelles il est difficile à contractualiser. Nehos utilise la définition opérationnelle suivante, inspirée des travaux IEEE :
Hallucination confirmée : sortie de l'agent contenant une affirmation factuelle vérifiable qui est incorrecte, une référence inexistante présentée comme existante, ou une donnée chiffrée non dérivable des sources d'entrée, présentée avec un niveau de confiance ≥ 70 %.
Formule : Hallucination rate = Nombre de sorties contenant ≥ 1 hallucination confirmée / Total des sorties évaluées × 100
#Méthodes de mesure auditables
Trois méthodes peuvent être contractualisées selon le niveau de criticité :
Méthode 1 — Évaluation humaine sur échantillon aléatoire (gold standard) :
- Échantillonnage aléatoire de 2-5 % des sorties mensuelles
- Évaluation par un expert métier selon une grille de critères définie contractuellement
- Coût : élevé, mais seule méthode admissible en cas de litige
Méthode 2 — Évaluation LLM-as-judge (scalable) :
- Un second modèle LLM évalue les sorties du premier selon un prompt de vérification défini
- Corrélation avec l'évaluation humaine doit être validée ≥ 85 % (accordée contractuellement)
- Coût : faible, applicable à 100 % des sorties
Méthode 3 — Vérification automatique des faits vérifiables (complémentaire) :
- Pour les agents opérant sur des données structurées (prix, dates, références), vérification automatique de la cohérence avec les sources
- Applicable seulement quand les sources sont structurées et accessibles
#Seuils contractuels selon la criticité du processus
| Criticité | Hallucination rate max. | Conséquence contractuelle si dépassé |
|---|---|---|
| Faible (contenu informatif non engageant) | ≤ 5 % | Alerte + plan de correction sous 30 jours |
| Moyenne (recommandations, résumés) | ≤ 2 % | Pénalité 5 % mensualité + plan de correction sous 15 jours |
| Haute (contrats, données réglementaires) | ≤ 0,5 % | Suspension du service + rootcause analysis sous 72 h |
| Critique (décisions médicales, financières) | ≤ 0,1 % | Arrêt immédiat + audit externe sous 5 jours ouvrés |
La CNIL a précisé en 2025 dans son guide sur le RGPD appliqué aux systèmes IA que les erreurs factuelles d'un agent IA ayant un impact sur une décision individuelle constituent un traitement inexact au sens de l'article 5(1)(d) du RGPD — ce qui implique une obligation de correction et potentiellement de notification. Contractualiser le hallucination rate n'est pas seulement une bonne pratique, c'est une conformité réglementaire.
Pour approfondir la sécurité et la conformité des agents en production, notre article sur OWASP Top 10 LLM et checklist sécurité agents IA complète ce cadre contractuel.
#Modèle de contrat IA : clauses essentielles et red lines
Un contrat IA B2B qui protège réellement le client — et le prestataire — repose sur un ensemble de clauses qui n'existent pas dans les contrats IT classiques. Voici les clauses essentielles et les red lines à ne pas franchir.
#Clauses essentielles
Clause 1 — Définition opérationnelle des métriques
Chaque métrique contractualisée doit être accompagnée de sa définition opérationnelle précise : comment elle est calculée, sur quel périmètre de données, avec quelle fréquence, par qui et avec quel outil. Une métrique sans définition opérationnelle ne peut pas être évaluée de manière opposable.
Exemple de formulation : « La précision de l'agent est définie comme le ratio Vrais Positifs / (Vrais Positifs + Faux Positifs) calculé mensuellement sur un échantillon représentatif de 500 sorties minimum, tiré aléatoirement sur la période, et évalué par [expert métier client] selon la grille d'évaluation annexée au contrat (Annexe B). »
Clause 2 — Baseline de référence
Les performances de l'agent sont mesurées en relatif par rapport à une baseline établie avant déploiement sur un jeu de données de référence défini en commun. Cette baseline est figée contractuellement et sert de référence pour toute évaluation de performance pendant la durée du contrat.
Clause 3 — Fenêtres d'exclusion
Certaines périodes doivent être exclues du calcul des SLA : maintenance planifiée notifiée 72 h à l'avance, indisponibilité du fournisseur de modèle tiers (OpenAI, Anthropic, Mistral), force majeure, ou incidents de sécurité en cours de traitement. Ces exclusions doivent être limitées et encadrées — un contrat qui exclut trop de situations n'offre aucune garantie réelle.
Clause 4 — Plan de correction et délais d'escalade
En cas de dépassement d'un seuil d'alerte, le prestataire dispose d'un délai défini pour produire un plan de correction (exemple : 5 jours ouvrés pour l'alerte, 48 h pour le seuil de blocage). Ce plan doit être écrit, daté, et approuvé par le client. Le suivi de sa mise en œuvre est inclus dans les réunions de revue périodiques.
Clause 5 — Clause de rollback
En cas de dégradation significative des performances suite à une mise à jour (modèle, base de connaissances, prompt système), le client dispose du droit de demander un retour à la version précédente dans un délai contractualisé (exemple : rollback garanti sous 4 heures ouvrées). Cette clause est absente de la quasi-totalité des contrats IA actuels — c'est l'une des principales sources de litiges post-déploiement.
Clause 6 — Propriété des données d'évaluation
Les données utilisées pour évaluer les performances de l'agent (jeux de test, logs d'évaluation, résultats d'audit) appartiennent au client. Elles ne peuvent pas être utilisées par le prestataire pour entraîner ou améliorer ses propres modèles sans consentement explicite — une exigence renforcée par le AI Act pour les systèmes à risque élevé.
#Red lines contractuelles — ce qu'un contrat IA ne doit jamais contenir
- Limitation de responsabilité totale sur les sorties de l'agent : un prestataire qui exclut toute responsabilité sur le contenu produit par l'agent fait porter l'intégralité du risque au client — inacceptable pour tout processus à enjeu métier réel
- SLA uniquement basé sur l'uptime infrastructure : voir section 1 — ce SLA ne mesure pas ce qui compte
- Absence de clause de notification sur les changements de modèle : un changement de modèle LLM sous-jacent peut modifier significativement les performances sans alerte
- Clause de résiliation sans indemnité en cas de dégradation de performance : la résiliation doit être accompagnée d'une procédure de transfert de données et de documentation technique garantissant la continuité de service
Le Chief AI Officer ou le DSI responsable de la gouvernance IA doit valider ces clauses avant signature. Le budget alloué au projet IA doit inclure le coût juridique de la négociation contractuelle — typiquement 3 à 5 % du budget total de déploiement.
#Processus de suivi : tableaux de bord, alertes, réunions de revue
Un SLA non suivi est un SLA fictif. Le processus de pilotage est aussi important que les clauses elles-mêmes — sans tableau de bord partagé et réunions de revue régulières, les dépassements de seuil ne sont détectés qu'après que le dommage est fait.
#Architecture du tableau de bord de pilotage SLA
Le tableau de bord de pilotage SLA agents IA que nous déployons chez Nehos comporte quatre couches :
Couche 1 — Métriques temps réel (refresh ≤ 5 minutes) :
- Disponibilité fonctionnelle (up/down avec historique 30 jours)
- Latence p50/p95/p99 sur les dernières 24 heures
- Volume de requêtes et taux d'erreur technique
- Alertes actives et leur priorité
Couche 2 — Métriques qualité (refresh quotidien) :
- Précision et recall sur l'échantillon évalué de la veille
- Hallucination rate sur échantillon LLM-as-judge
- Taux d'intervention humaine (part des sorties nécessitant une validation manuelle)
- Dérive par rapport à la baseline de référence
Couche 3 — Métriques ROI (refresh hebdomadaire) :
- Volume traité vs capacité théorique
- Temps de traitement comparé vs baseline humaine
- Coût par transaction (infrastructure + inférence LLM)
- Indicateurs business associés (taux de conversion si applicable, NPS support, etc.)
Ces métriques alimentent directement le calcul du ROI des projets IA et permettent de démontrer la valeur en continu. Nos KPI de transformation digitale B2B complètent ce cadre au niveau programme.
Couche 4 — Compliance SLA (refresh mensuel) :
- Synthèse mensuelle SLA vs objectifs contractuels
- Calcul des pénalités éventuelles
- Statut des plans de correction en cours
- Projection des tendances sur le trimestre
#Régime d'alertes
Trois niveaux d'alerte doivent être définis contractuellement :
Alerte P3 (informationnelle) : une métrique approche du seuil d'alerte (≥ 80 % du seuil). Notification automatique au responsable technique du prestataire. Pas d'action immédiate requise.
Alerte P2 (dégradation) : une métrique a dépassé le seuil d'alerte. Notification au responsable de compte prestataire ET au référent client sous 2 heures. Plan d'action requis sous 5 jours ouvrés.
Alerte P1 (incident critique) : une métrique a dépassé le seuil de blocage. Notification au sponsor client ET au directeur de projet prestataire sous 30 minutes. Réunion de crise sous 4 heures. Plan de correction ou décision de rollback sous 24 heures.
#Cadence des réunions de revue
- Revue hebdomadaire (30 min) : équipes techniques, revue des métriques opérationnelles, incidents de la semaine, actions en cours
- Revue mensuelle (1 h) : responsables de compte + référents métier, revue SLA mensuelle, ajustements de configuration, anticipation des évolutions
- Revue trimestrielle (2 h) : sponsors + directions, bilan ROI, révision des seuils SLA si nécessaire, roadmap évolutive, négociation des avenants
#Gestion des incidents : escalade, rollback, communication client
La gestion des incidents sur un agent IA en production requiert un protocole distinct de la gestion d'incidents IT classique. Un incident IA peut être invisible techniquement (le service est up) mais dévastateur métier (les sorties sont incorrectes).
#Classification des incidents IA
Incident de type A — Indisponibilité technique : l'agent ne répond pas, les requêtes échouent. Protocole classique IT. Criticité déterminée par la durée et l'impact sur les processus dépendants.
Incident de type B — Dégradation de performance : l'agent répond mais ses métriques de qualité dépassent les seuils. Souvent invisible sans monitoring actif. Criticité déterminée par l'écart aux seuils et la durée de la dégradation.
Incident de type C — Hallucination massive : l'agent produit des erreurs factuelles sur une proportion significative de ses sorties. L'incident de type C exige une réponse immédiate — toute sortie de l'agent depuis le début de l'incident doit être considérée comme non fiable jusqu'à la fin de l'investigation.
Incident de type D — Dérive lente (drift) : les performances se dégradent progressivement sur plusieurs semaines, sous les seuils d'alerte quotidiens. Détectable uniquement via les tendances hebdomadaires et mensuelles.
#Protocole de rollback
Le rollback est la mesure de dernier recours avant la suspension de service. Il doit être préparé avant le déploiement — tenter de construire un rollback en situation d'urgence est une erreur classique qui transforme un incident de 4 heures en incident de 48 heures.
Les éléments du rollback à préparer avant la mise en production :
- Version précédente du prompt système et des paramètres d'agent archivée et testée
- Snapshot de la base vectorielle correspondant à la version précédente
- Procédure de bascule documentée et testée (durée estimée, intervenants requis)
- Critères de déclenchement du rollback (quels seuils, quel délai de dépassement)
- Plan de communication client pour la période de bascule
#Communication client en cas d'incident
La communication client lors d'un incident IA doit être proactive, précise et traçable :
- Sous 30 minutes : première notification (incident détecté, nature, périmètre impacté, statut « en investigation »)
- Toutes les 2 heures : mise à jour de statut même si aucune résolution n'est disponible
- À la résolution : notification de clôture avec cause racine identifiée, mesures de correction prises, engagement de non-récurrence
- Sous 5 jours ouvrés : postmortem écrit partagé avec le client, incluant la chronologie complète, l'analyse de cause et le plan d'action préventif
Ce niveau de communication est une exigence de la sécurité des agents IA en production et un gage de confiance sur le long terme avec vos clients.
#Template de SLA agents IA : modèle Nehos utilisé en production
Voici la structure du SLA agents IA que Nehos utilise et affine sur ses projets de déploiement depuis 2023. Ce template est conçu pour les projets agents IA B2B de criticité moyenne à haute (processus métier avec impact client direct).
#Structure du document SLA
Section 1 — Périmètre et définitions
- Description du système agent IA couvert
- Définitions opérationnelles de chaque métrique contractualisée
- Périmètre d'application (environnements couverts, exclusions)
- Glossaire des termes techniques
Section 2 — Métriques et objectifs de service
| Métrique | Objectif | Seuil d'alerte | Seuil de blocage | Mesure |
|---|---|---|---|---|
| Précision | ≥ 90 % | < 87 % | < 83 % | Mensuelle, 500 sorties |
| Recall | ≥ 85 % | < 81 % | < 77 % | Mensuelle, 500 sorties |
| Hallucination rate | ≤ 1,5 % | > 2 % | > 3,5 % | Mensuelle, LLM-as-judge |
| Disponibilité fonctionnelle | ≥ 99,5 % | < 99 % | < 98 % | Continue |
| Latence p95 | ≤ 8 s | > 12 s | > 20 s | Continue |
| Latence p99 | ≤ 25 s | > 40 s | > 60 s | Continue |
Ces seuils sont des valeurs de référence — ils sont ajustés cas par cas selon la criticité du processus métier ciblé.
Section 3 — Mesure et reporting
- Méthodes de mesure détaillées par métrique
- Accès au tableau de bord de pilotage (URL, droits d'accès client)
- Fréquence et format des rapports
- Processus de contestation d'une mesure
Section 4 — Gestion des incidents
- Classification des incidents (types A, B, C, D)
- Délais d'escalade par type et sévérité
- Procédure de rollback (critères, délais, intervenants)
- Obligations de communication client
Section 5 — Pénalités et remèdes
| Situation | Pénalité | Plafond mensuel |
|---|---|---|
| Dépassement seuil d'alerte > 5 jours consécutifs | 3 % de la mensualité | 3 % |
| Dépassement seuil de blocage | 8 % de la mensualité | 8 % |
| Incident type C non résolu > 24 h | 15 % de la mensualité | 15 % |
| Absence de rollback sous délai contractuel | 5 % de la mensualité | 5 % |
| Plafond cumulé mensuel | 25 % de la mensualité |
Section 6 — Gouvernance et révision
- Composition du comité de pilotage SLA
- Cadence des réunions de revue (hebdomadaire, mensuelle, trimestrielle)
- Processus de révision des seuils (négociation, délai d'application)
- Conditions de résiliation pour manquement répété aux SLA
Section 7 — Annexes
- Annexe A : jeu de test de référence et procédure de constitution
- Annexe B : grille d'évaluation humaine des sorties
- Annexe C : prompt de vérification LLM-as-judge
- Annexe D : procédure de rollback détaillée
- Annexe E : contacts d'escalade et astreinte
Ce template est disponible pour les clients Nehos dès la phase de discovery. Nos projets de transformation digitale réussis sans gaspillage utilisent ce cadre comme point de départ, adapté à chaque secteur et niveau de criticité. Pour un cas d'usage ETI logistique concret avec agents IA, vous pouvez consulter notre retour d'expérience complet qui illustre ce SLA en conditions réelles.
Sources
- https://www.gartner.com/en/articles/ai-contract-performance-metrics-2026
- https://www.afnor.org/actualites/referentiel-qualification-systemes-ia-b2b/
- https://standards.ieee.org/ieee/7010/6929/
- https://www.mckinsey.com/capabilities/quantumblack/our-insights/the-state-of-ai-governance-2026
- https://www.cnil.fr/fr/intelligence-artificielle-et-rgpd-les-regles-a-respecter