OVHcloud
L'essentiel
OVHcloud, c'est le grand hébergeur français : il fabrique ses propres serveurs dans ses usines, les refroidit à l'eau et les exploite dans ses datacenters. Comme c'est une entreprise française dirigée depuis la France, la justice américaine ne peut pas lui réclamer vos données comme elle le ferait avec un groupe américain. C'est moins riche en services tout faits qu'Amazon ou Microsoft, mais c'est moins cher, ça ne facture pas la sortie des données, et certaines offres portent le label SecNumCloud de l'ANSSI.
Détails Techniques
Fournisseur français de services cloud et d'hébergement fondé en 1999, coté sur Euronext Paris depuis octobre 2021. Intégré verticalement : conception de cartes mères, assemblage des serveurs en usine propre (Croix, Beauharnois), refroidissement à eau propriétaire et free cooling. Catalogue structuré en Bare Metal, Public Cloud (socle OpenStack, stockage objet compatible S3, Kubernetes managé, GPU NVIDIA), Hosted Private Cloud (VMware, Nutanix) et Web Cloud. Certifications ISO/IEC 27001, 27017, 27018, 27701, HDS, PCI-DSS, rapports SOC, avec qualification ANSSI SecNumCloud sur un périmètre d'offres délimité.
#Définition : qu'est-ce qu'OVHcloud ?
OVHcloud est le premier fournisseur européen de services cloud et d'hébergement, fondé en 1999 à Roubaix par Octave Klaba. L'entreprise est cotée sur Euronext Paris depuis octobre 2021, tout en restant contrôlée par la famille fondatrice — un détail qui n'est pas anecdotique, puisqu'il conditionne l'éligibilité aux exigences de capital européen de la qualification SecNumCloud.
Le groupe exploite plus de trente datacenters sur quatre continents et déclare un parc supérieur à 450 000 serveurs. Le chiffre d'affaires s'établit autour du milliard d'euros (993 millions d'euros sur l'exercice clos en août 2024), à comparer aux dizaines de milliards de dollars des hyperscalers américains. Autant le poser d'emblée : OVHcloud n'est pas un clone européen d'AWS, c'est un acteur au modèle différent.
#Un modèle industriel intégré verticalement
C'est la singularité technique d'OVHcloud, et elle explique une bonne part de sa structure de coûts. Le groupe conçoit ses propres cartes mères et assemble ses serveurs dans ses usines de Croix, dans le Nord, et de Beauharnois, au Québec. Il déploie depuis 2003 un refroidissement à eau maison sur les composants les plus chauds, combiné à du free cooling à l'échelle du bâtiment : la plupart des salles fonctionnent sans climatisation, avec un PUE revendiqué nettement sous la barre de 1,3.
Cette intégration a un revers connu. L'incendie du site SBG2 à Strasbourg, le 10 mars 2021, a détruit un datacenter entier et fortement endommagé un second. L'épisode a rappelé une règle qui vaut pour tout hébergeur : la redondance multi-sites reste à la charge du client, elle n'est jamais implicite dans un contrat IaaS.
#Le catalogue, sans survente
Quatre grandes familles structurent l'offre. Le Bare Metal, historique et toujours le meilleur rapport puissance/prix du marché européen pour des charges stables. Le Public Cloud, bâti sur OpenStack, avec instances, Kubernetes managé, stockage objet compatible S3, bases managées et une gamme GPU NVIDIA (L4, L40S, A100, H100) qui alimente les services AI Deploy, AI Training et AI Endpoints. Le Hosted Private Cloud, en environnements VMware ou Nutanix, qui porte notamment le périmètre qualifié SecNumCloud. Enfin le Web Cloud : noms de domaine, hébergement mutualisé, messagerie.
Côté conformité, le groupe cumule ISO/IEC 27001, 27017, 27018 et 27701, la certification HDS pour les données de santé, PCI-DSS, ainsi que des rapports SOC. Il est membre fondateur de Gaia-X.
#Souveraineté : ce qui est qualifié et ce qui ne l'est pas
Point important, souvent mal formulé dans les appels d'offres : OVHcloud n'est pas SecNumCloud « en entier ». La qualification porte sur des offres précises, en l'occurrence des périmètres Hosted Private Cloud et Bare Metal dédiés, pas sur l'ensemble du catalogue. Déployer une instance Public Cloud standard chez OVHcloud ne rend pas le traitement qualifié SecNumCloud.
En revanche, l'ensemble du groupe échappe par construction au CLOUD Act : société de droit français, capital et direction européens, personnel d'exploitation européen. C'est la différence de nature avec un hyperscaler disposant de régions en France. La localisation ne suffit pas, le rattachement juridique décide — c'est tout l'objet de notre service Souveraineté Numérique Responsable.
#Prix, frais de sortie et Data Act
OVHcloud pratique une tarification simple, sans facturation de la bande passante sortante sur l'essentiel de son catalogue. Face à des hyperscalers dont les frais d'egress constituent un frein documenté à la réversibilité, l'écart de coût complet est significatif sur les charges à fort trafic sortant. Le règlement européen sur les données (Data Act, règlement UE 2023/2854) prévoit d'ailleurs la suppression progressive des frais de changement de fournisseur à partir du 12 janvier 2027, ce qui réduira cet avantage compétitif — mais confirme aussi la lecture qu'OVHcloud défendait.
#Les limites à connaître avant d'arbitrer
Soyons directs, parce que l'inverse rend un mauvais service. La profondeur du catalogue managé reste très en deçà d'AWS ou d'Azure : moins de services serverless, pas d'équivalent à parité fonctionnelle sur les bases NoSQL managées ou les plateformes de modèles propriétaires, un écosystème d'intégrations plus étroit et une documentation moins fournie.
Concrètement, OVHcloud s'impose quand le rattachement juridique européen est une contrainte ferme — c'est le cas courant des collectivités territoriales —, quand la charge est stable et gourmande en calcul ou en trafic, ou quand l'auto-hébergement d'un modèle à poids ouverts et son fine-tuning sur infrastructure dédiée ont du sens. Il s'impose moins quand un produit repose massivement sur des services managés propriétaires. Le comparatif OVHcloud vs AWS détaille cet arbitrage service par service, et la méthode Stack Souveraine Nehos le formalise en grille de décision.
Applications Concrètes
« Il faut indiquer l'offre exacte retenue, pas simplement « hébergé chez OVHcloud ». La qualification SecNumCloud couvre des périmètres précis : une instance Public Cloud standard n'est pas un environnement qualifié, même chez un hébergeur français. »
« Les instances GPU (L40S, A100, H100) permettent de servir un modèle open weights dans le périmètre juridique européen, sans envoyer les prompts métier vers une API opérée depuis les États-Unis. »
« L'absence de facturation de la bande passante sortante change la structure de coûts : sur ce profil de charge, l'écart de coût complet avec un hyperscaler tient davantage aux frais d'egress qu'au prix du calcul. »
Questions fréquentes sur OVHcloud
Non, et c'est l'erreur la plus fréquente dans les dossiers de candidature. La qualification de l'ANSSI s'applique à des offres délimitées, avec un référentiel d'exploitation, des zones et des procédures dédiées — pas à l'ensemble du catalogue. Une instance Public Cloud classique, un serveur mutualisé ou un Bare Metal standard bénéficient du rattachement juridique français mais ne sont pas des environnements qualifiés SecNumCloud. Quand un cahier des charges exige la qualification, il faut nommer l'offre précise et vérifier qu'elle figure bien sur la liste publiée par l'ANSSI.
Sur le principe, oui. Le CLOUD Act vise les fournisseurs relevant de la juridiction des États-Unis. OVHcloud est une société de droit français, à capital et direction européens, exploitée par du personnel européen : elle n'est pas un destinataire possible de ces réquisitions. Cela ne signifie évidemment pas qu'aucune autorité ne peut jamais accéder aux données — les autorités judiciaires françaises et européennes disposent de leurs propres procédures, encadrées par le droit européen et contradictoires. La différence porte sur le régime applicable, pas sur une immunité absolue.
Oui. Le catalogue comprend des instances GPU NVIDIA (L4, L40S, A100, H100), un Kubernetes managé, du stockage objet compatible S3 et des services dédiés au cycle de vie des modèles. C'est suffisant pour servir un modèle à poids ouverts avec vLLM ou une pile équivalente, pour faire du fine-tuning en LoRA, ou pour héberger une base vectorielle et un pipeline RAG. La limite n'est pas l'infrastructure, c'est l'absence d'un équivalent aux plateformes managées de modèles propriétaires : l'exploitation reste à votre charge, ou à celle de votre partenaire.
Deux choses. D'abord, un enseignement d'architecture qui vaut pour tous les hébergeurs sans exception : la redondance multi-sites et la sauvegarde externalisée relèvent de la responsabilité du client, elles ne sont pas incluses par défaut dans un contrat IaaS. Beaucoup de victimes de l'incident n'avaient pas de copie hors du site touché. Ensuite, un point sur le fournisseur : OVHcloud a revu ses standards de compartimentage, de détection et de conception de salles à la suite de l'événement. Juger un hébergeur sur un incident de 2021 sans regarder ce qui a changé depuis n'a pas grand sens.
Il dépend entièrement du profil de charge, et se raisonne en coût complet. Sur du calcul stable et dimensionné — Bare Metal, instances longue durée — l'écart est franchement favorable à OVHcloud. Sur des charges très élastiques exploitant du serverless et des services managés propriétaires, la comparaison devient bancale parce qu'il n'existe pas d'équivalent fonctionnel un pour un. Le poste qui bascule le plus souvent l'arbitrage n'est ni le CPU ni le stockage : c'est la facturation de la bande passante sortante, absente chez OVHcloud sur l'essentiel du catalogue.
Quand le produit repose structurellement sur des briques managées propriétaires sans équivalent — bases NoSQL globalement distribuées, chaînes serverless complexes, catalogues de modèles propriétaires intégrés. Quand l'équipe est intégralement formée à un écosystème concurrent et que le coût de bascule dépasse le gain attendu. Ou quand la latence exige une présence dense hors d'Europe, où la couverture reste moins étendue. La souveraineté est une contrainte à honorer là où elle s'applique, pas un dogme à appliquer partout.